La réforme du lycée (1)

dimanche 25 octobre 2009
par  Emmanuel Courcelle

Les textes fondateurs

Les textes gouvernementaux de préparation de la réforme des lycées sont :

- Le rapport de la mission parlementaire Benoist Apparu : 30 propositions pour l’évolution du lycée (la version résumée, le rapport complet)
- Le rapport Descoing (remis le 9 Juin au Président de la République) (la version résumée, le rapport complet)
- Par ailleurs, la réforme de l’orientation, menée depuis 2007, est un point-clé pour comprendre le sens de ces réformes. Voir le rapport de Bernard Saint-Girons "renforcer l’Orientation active" ou le livre vert de Martin Hirsch : l’Orientation est en train d’évoluer profondément, peut-être va-t-elle devenir de la compétence de la région, en lien avec le PRDF (Plan de Développement Régional de la Formation Permanente. Établi pour 5 ans, il planifie la formation permanente).

La procédure d’orientation "post-bac" est une conséquence directe de la loi LRU sur les universités : l’évolution de l’Education ne se décide pas seulement au Ministère de l’Education Nationale : il y a d’autres partenaires concernés...

La présentation de la réforme

Disponible ici

Le calendrier

Le calendrier annoncé est le suivant :
- Octobre 2009, annonce de la réforme par le Président de la République
- Octobre-Novembre 2009, "concertation" avec les partenaires sociaux
- Décembre 2009, Définition opérationnelle de la réforme
- Septembre 2010 Mise en oeuvre pour la classe de seconde
- Septembre 2011 Mise en oeuvre pour la classe de Première
- Septembre 2010 Mise en oeuvre pour la classe de terminale.

Les annonces actuelles

Aujourd’hui nous n’avons que des annonces d’objectifs. On sait toutefois que la réforme se fera à moyens constants. On retourne au fonctionnement par trimestres, on ne parle plus de semestres (dont il avait été question dans la réforme avortée de Xavier Darcos). Peut-être va-t-on retrouver au niveau du lycée un "socle commun" : nombre réduit de matières. Un des objectifs de la réforme est le rééquilibrage des filières, en offrant une possibilité de réorientation (1ère S vers 1ère L... ou l’inverse). En tous cas une orientation plus "fluide" à chaque trimestre.

Enseignement technologique

Un des enjeux de la réforme est aussi le rééquilibrage entre les filières classique et technologique. La voie technologique a en effet du mal à trouver sa place depuis la création du bac professionnel. C’est ainsi que la réforme annonce une rénovation de la voie technologique.

L’orientation

Il est important de déterminer qui fait l’orientation : en effet, le lien étroit entre formation et emploi est annoncé. Or, l’enjeu risque bien d’être :
- Ouvrir le lycée et l’orientation aux entreprises
- Mettre les parents à l’écart du processus d’orientation

Pour faire court : les entreprises orienteraient les enfants, et l’orientation serait vue comme un "marché". Il est vrai que dans certains secteurs (hôtellerie, bâtiment), on manque de main-d’oeuvre. Or, sachant que "la durée de vie" moyenne d’un salarié dans ces secteurs est de 10 ans, les entreprises ont besoin d’un "volant de main d’oeuvre".

Bien sûr, nous voulons tous que nos enfants aient un emploi à la fin de leurs études. Mais attention, si les entreprises se chargent de l’orientation, celle-ci risque de s’apparenter à la publicité. L’orientation doit être une information objective.

D’un autre côté, il n’est pas idiot de faire en sorte qu’il y ait adéquation entre emplois du bassin et offre de formation dans ce même bassin, surtout au niveau CAP. Mais l’effet inverse existe aussi : les entreprises d’un secteur donné s’installent dans un bassin d’emploi s’il existe un bassin de formation.

Attention aussi aux formations trop pointues et liées à une entreprise particulière (voire liées aux machines utilisées par cette entreprise) : les salariés doivent être capables de changer d’entreprise !

DP3 et Orientation

Enfin, attention à bien dissocier "connaissance de l’entreprise" et orientation. Par rapport à cela, nous commençons à avoir du recul maintenant que l’option DP3 ("Découverte Professionnelle 3 heures", une option de niveau 3ème) est bien installée dans les collèges. La DP3 c’est.... le pire comme le meilleur : tout dépend de l’enseignant qui prend en charge l’option. Il peut être volontaire et porter un projet, il peut aussi être "volontaire désigné" et s’investir a minima.... dans certains cas la DP3 tourne autour des thématiques du lycée professionnel du secteur, dans d’autres cas il s’agit surtout de visites d’entreprises.

La DP3 ne doit pas être une préorientation, mais elle l’est parfois : soit préorientation vers la voie professionnelle, soit au contraire préorientation élitiste. De manière générale, on a l’impression qu’un système très sélectif est en train de se mettre tout doucement en place dans les collèges, à partir du socle commun assorti d’options... et la DP3 joue manifestement un rôle important là-dedans.

Redoublements et orientation

Le nombre de redoublements est en baisse sur l’académie : il est passé de 19% de redoublants en seconde de 2005 à 2008 8,9% pour cette rentrée scolaire. Il semble toutefois que cette baisse du nombre de redoublants ne s’accompagne pas d’une augmentation du taux de réorientation vers l’enseignement professionnel (celui-ci est tout-de-même passé de 4.8% à 6%). En tous cas, la politique générale est bien de limiter les redoublements.

Soutien scolaire

La réforme propose deux heures d’accompagnement personnalisé "sans alourdir l’emploi du temps" : on enlève donc deux heures quelque part... mais où ? Et pour quel accompagnement ? Avec quel personnel ? (pas sûr que ce soit des enseignants) : on travaille "à moyens constants"...

Elle propose aussi des heures de rattrapage pendant les vacances scolaires, ou de remise à niveau (considéré comme un "sas" pour changer d’orientation). Cela est inacceptable pour la FCPE, car le rythme de 7 semaines de classe alternée par 2 semaines de vacances est fondamental. Pensons par exemple au Japon, où on incite depuis les années 70 les enfants à travailler pendant les vacances, et où on a un taux de suicide d’adolescents très important... il est vrai par ailleurs que beaucoup de parents paient des sociétés pour donner des cours particuliers durant les vacances. Le problème ici est de ne pas légitimer ces pratiques par l’institution.

Langues vivantes

Les enseignements en langue étrangère seraient organisés en "groupes de compétence". On ne sait pas trop ce que cela veut dire (groupe de niveaux, ou compétences écrits/oral ?). L’objectif est par ailleurs l’apprentissage de deux langues vivantes en 6ème. On commence d’ailleurs déjà à gommer la différence entre les langues vivantes 1 et 2. L’anglais sera probablement obligatoire. Nous sommes tous d’accord pour que tous les français soient bilingues ou trilingues... mais comment parvenir à cet objectif ? Le point-clé reste bien la question des moyens : le nombre d’élèves par classe (comment parler lorsqu’on est 35 élèves par classe), la non-existence d’un laboratoire de langues dans chaque lycée (comme en Allemagne), etc.

Livret de compétences ou diplômes ?

Le texte parle de "livret de compétence" : attention à la dérive prévisible, on risque de glisser de la notion de diplôme à celle de compétences. Or, une compétence peut être remise en cause durant la vie professionnelle, pas le diplôme. La compétence est donc bien plus fragile. Reconnaître un ensemble de compétences plutôt que les diplômes revient à signer (en douceur certes) la fin du baccalauréat.

La procédure post-bac

Post bac, c’est le nom du logiciel qui est utilisé pour inscrire les futurs étudiants dans un établissement d’enseignement supérieur. Les élèves de terminal doivent utiliser ce logiciel pour faire leurs voeux d’affectation (16 voeux). Une affectation sera automatiquement proposée par le logiciel, qui "lit" les bulletins scolaires de 1ère et terminale. Le CDPE propose de faire prochainement une réunion sur cette procédure. Sujet à suivre, donc.

La position des organisations

Le sentiment général est que la réforme n’est pas assez ambitieuse, elle est très en-dessous des propositions figurant dans les rapports Apparu et Descoing. 25 des propositions du rapport apparu (sur 30) ont été acceptées par toutes les organisations. Ci-dessous quelques positions d’organisations, non exhaustives :

- FCPE : A lire par là
- SNES : d’accord sur les enjeux annoncés, en particulier le rééquilibrage entre les filières technologiques et classiques. Mais aucune réponse n’a été apportée concernant les moyens. Il y a par ailleurs des zones d’ombre sur l’orientation. Inquiétudes également sur l’articulation entre le livret de compétences et le Bac.
- SGEN : Manque de cohérence général, mais accueil plutôt positif, en particulier par rapport à l’accompagnement personnalisé des élèves.
- CGT : Les moyens ne suivent pas. Quid de la transition collèges-lycées ?
- SUD : Accueil plutôt positif des projets sur l’orientation, mais crainte qu’il ne s’agisse que d’un affichage.
- UNLL : satisfait que certaines de ses revendications, notamment sur la vie lycéenne, soient reprises. La création annoncée d’un "service public d’orientation scolaire " est plutôt bien accueillie, mais on voudrait des précisions. Le concept d’aide personnalisée est également bien accueilli. L’UNLL revendique un statut lycéen, avec prise en charge des frais de scolarité, l’obligation de scolarité jusqu’à 18 ans, et le retour de la carte scolaire.


Documents joints

Rapport Apparut
Rapport Apparut
Ressport Descoing
Ressport Descoing
Vers un nouveau lycée en 2010
Vers un nouveau lycée en 2010

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